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Monographie Rosinski

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Entretien avec l'auteur

Collection - Monographie Rosinski

Patrick Gaumer est l’auteur de la monographie consacrée à Grzegorz Rosinski. Il est aussi un ami de la famille Rosinski, et un grand connaisseur du monde de la bande dessinée.

visuel Patrick Gaumer

Bonjour Patrick. Une monographie consacrée à Grzegorz Rosinski vient de paraître, et c’est un plaisir de rencontrer son auteur ! Pouvez-vous vous présenter, nous parler un peu de votre parcours ?

Je suis originaire de l’Ouest de la France. D’Anjou précisément. J’ai eu la chance d’avoir un grand-père, mineur de fond, qui m’a initié à la lecture. De tout, des journaux, des livres… J’ai découvert la bande dessinée avant même de savoir en lire… je me racontais les histoires. Et puis mon plaisir de gosse s’est transformé en différents métiers. Libraire, tout d’abord, que j’ai pratiqué entre 1977 et 1988. Organisateur d’expositions, aussi (à Paris, Blois, Angoulême ou Bastia… en Europe de l’Est… à Budapest ou à Cracovie).

À partir de 1983, j’ai commencé à écrire sur la BD, à faire des recherches plus approfondies. Le tout a abouti à la publication de quelques dizaines d’ouvrages dont Le Dictionnaire mondial de la BD — dit aussi « Larousse de la BD » —, à une étude sur le journal Pilote, à des monographies consacrées à René Goscinny, à Tibet, à André-Paul Duchâteau, à Raoul Cauvin… et aujourd’hui à Grzegorz Rosinski. J’essaye en fait de transmettre ma passion de gamin.

Vous avez déjà écrit sur Thorgal, participé à d’autres projets avec ses auteurs…

Pas mal de choses, déjà. Je pense au deuxième volume de la collection BDVD chez Seven Sept (Dans les griffes de Kriss), au catalogue de l’exposition de Grzegorz à la Conciergerie, en 2004, à différents dossiers de presse pour le Lombard… au collectif
« Aux origines des Mondes », le hors série des « Mondes de Thorgal », aux dossiers de la collection Thorgal éditée depuis 2012 par Hachette. Je dois oublier encore un ou deux petits trucs.

Pouvez-vous nous raconter vos premières rencontres avec Grzegorz Rosinski ?

Cela s’est fait en plusieurs temps. À l’occasion d’un festival, dans l’Est de la France, j’avais invité un couple d’amis polonais, Jerzy et Lydia Skarzynski, des scénographes de théâtre et de cinéma (pour Wajda, Kantor, Polanski…). Grzegorz était venu. Nous avions discuté ensemble. Il m’avait parlé de Piotr, son fils, qui étudiait aux Beaux-Arts de Varsovie. Ma compagne s’occupant d’un journal d’arts graphiques, nous étions allés faire un reportage là-bas et nous sommes devenus amis, Piotr et moi. À Varsovie, j’ai croisé Kasia, la femme de Grzegorz. Au fil des années, mes liens avec la famille Rosinski se sont renforcés.

visuel Patrick GaumerConnaissez-vous également les autres auteurs ? Jean Van Hamme, Yves Sente, les auteurs des Mondes…

Je connais Jean Van Hamme pour l’avoir interviewé à plusieurs reprises, pour discuter avec lui de temps à autre. J’apprécie beaucoup sa vivacité d’esprit. Yves Sente a été mon éditeur au Lombard et nous avons fait ensemble plusieurs livres. C’est devenu un proche. Quant aux autres auteurs des « Mondes » (Yann, Giulio De Vita ou Roman Surzhenko), ce sont des auteurs que j’aime beaucoup. Nous avons toujours grand plaisir à nous voir… le plus souvent à l’occasion de festivals ou de promotions.

Comment est née l’idée d’écrire ce livre ?

D’une conversation que j’avais eue avec Kasia et Grzegorz il y a une dizaine d’années, au festival de Montreuil-Bellay, dans le Saumurois, pas très loin d’où j’ai grandi. En réalité, j’avais vu quelques années plus tôt une exposition-rétrospective de Grzegorz à Angoulême — c’était Piotr, d’ailleurs qui en était responsable. On y découvrait ses premiers travaux polonais, ses illustrations, se premières BD, et je me suis dit qu’il fallait impérativement montrer tout ça au grand public francophone et néerlandophone (la monographie est également publiée en néerlandais).

400 pages, une série d’entretiens, des centaines de documents… Un travail de longue haleine.

Effectivement. Huit ans de travail… ou devrais-je plutôt dire huit ans de plaisir !

Comment se passaient vos entretiens avec Grzegorz ? C’étaient toujours des rendez-vous, ou parfois des moments plus informels ?

Ce n’étaient pas vraiment des rendez-vous au sens strict, même si, pour de simples raisons de logistique, Grzegorz habitant le Valais, et moi en France, nous devions nous organiser. Les entretiens se sont déroulés un peu partout… en Suisse, à Paris, à Saint-Malo, à Bruxelles, etc. Pour préciser tel ou tel point complémentaire, rien de mieux non plus que le bon vieux téléphone. Tout cela s’est passé à la bonne franquette. De la manière la plus libre possible. Le plus souvent, nous étions tous les deux, Grzegorz et moi, mais, parfois, nous nous sommes retrouvés avec la regrettée Kasia, avec les enfants (Piotr, Zofia, Barbara…), les petits enfants… La famille est tellement importante pour Grzegorz !

Comment avez-vous sélectionné les documents ? La plupart appartiennent à Grzegorz, j’imagine.

Ils appartiennent en effet à la famille Rosinski. Certains se trouvaient en Suisse, d’autres en Pologne. Jean Van Hamme m’a également fait confiance et m’a confié des documents rarissimes, je pense, par exemple, à la première carte postale — illustrée d’un dessin inédit — que Grzegorz lui avait envoyé de Pologne. Thorgal s’appelait encore « Ragnar ». Piotr Rosinski, a réuni l’ensemble de l’icono et s’est chargé de la mise en pages de l’ouvrage. Il s’est efforcé de faire coïncider les documents et le texte. Il a fait un travail formidable.

Grzegorz Rosinski se livre intimement dans le livre. Etait-ce facile pour lui, naturel ?

Tout est question de confiance. Grzegorz est un ami très cher. Cela ne pouvait fonctionner entre nous que comme ça. Sans cette confiance, pas de livre possible. Grzegorz est un homme libre. S’il n’a pas envie de raconter quelque chose, rien ni personne ne l’obligera. Là, c’est juste une histoire d’amitié.

On voit que la vie personnelle et la vie professionnelle de l’auteur sont très liées. D’après vous, en quoi ce lien a-t-il été le moteur de son parcours ?

Tout est lié. S’il n’était pas né durant la Seconde Guerre mondiale ; s’il n’avait pas étudié aux Beaux-Arts de Varsovie, qu’il décrit comme une des meilleures écoles du monde ; s’il n’avait pas rencontré Kasia ; s’il n’avait pas eu ses enfants, il serait peut-être resté à dessiner dans le « petit placard » où il se réfugiait dans son enfance… je renvoie évidemment à la lecture du livre pour comprendre tout ça et en savoir plus !

Quelques mots sur Thorgal, bien sûr, personnage qui a marqué la vie de l’auteur. 100 pages, un quart de votre ouvrage.

C’est effectivement le chapitre central. Normal puisque c’est la série qui l’a fait connaître, qui reste sa série emblématique… Là encore, restait à trouver des documents inédits ou peu connus, avec notamment les premiers courriers échangés entre Jean et Grzegorz ou bien encore un entretien avec l’éditeur Carlos Blanchart qui a permis la rencontre entre les deux créateurs de Thorgal.

Etes-vous lecteur de Thorgal ? Collectionneur peut-être ?

Évidemment, c’est même une de mes séries préférées. Je l’ai découverte « en direct » dans le journal Tintin, en 1977. Et j’ai continué à la lire. Je ne suis en revanche pas du tout collectionneur — je n’ai, par exemple, jamais demandé une dédicace à Grzegorz —, même si, du fait de mes recherches, de mon travail, j’accumule énormément de documentation.

visuel petit lutin noir rosinski

Et votre album préféré de Rosinski ? Peut-être pas un Thorgal, d’ailleurs ?

Il y en a plusieurs. J’aime beaucoup « Alinoë », un huis-clos qui n’a pas pris une ride. « Louve », bien entendu, un épisode particulièrement chargé d’émotion. Et puis « Le Grand Pouvoir du Chninkel » qui est un de ses sommets graphiques. J’aime aussi beaucoup son Petit lutin noir, un album jeunesse pas trop connu, paru il y a quelques années aux éditions Alice… un prénom qui m’est cher, puisque ma fille porte le même !

Vous disiez que la maquette de la monographie est signée Piotr Rosinski. Le fils de Grzegorz a été un partenaire important dans votre travail ?

Un partenaire essentiel. Et surtout un grand ami. J’insiste sur le fait que je considère cette monographie comme un ouvrage collectif. Au-delà du tandem que nous formons, Grzegorz et moi, il y a aussi tout le travail de Piotr, tout le travail de Nathalie Van Campenhoudt, mon éditrice, au Lombard. Ce livre a une âme et on le doit à chacun d’entre nous.

Quelques anecdotes sur vos entretiens avec Grzegorz ? Des moments forts, des émotions partagées…

J’adore Grzegorz. Il me fait rire. Des moments forts et des émotions partagées, il y en tellement ! Je garde un merveilleux souvenir de nos soirées (nos nuits) à regarder ses livres sur la peinture du XIXe siècle, nos discussions à bâtons rompus sur le cinéma, la littérature, sur sa chère Pologne, sur nos proches. Sur la façon dont nous observons la vie, le monde qui nous entoure.

Petite question nombriliste, connaissez-vous le site Thorgal-BD ? L’avez-vous déjà visité ?

Plus d’une fois ! J’évoquais au début de notre entretien la passion qui m’a conduit à faire ce métier, à faire un travail de transmission. Thorgal-BD participe aussi de ce mouvement alliant passion et échange. Et c’est une très bonne chose !

Merci beaucoup Patrick, pour votre livre et pour vos réponses à mes questions.

(Entretien réalisé en novembre 2013) (photo portrait (c) blog JeanJacques)

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